Auteur : Philippe Morin, LL.M.

De façon générale, il est plutôt inhabituel qu’un gestionnaire dépose une plainte de harcèlement, puisqu’à titre de gestionnaire il possède le pouvoir nécessaire pour intervenir à l’égard du rendement des employés, y compris tout comportement jugé inacceptable. Par conséquent, le gestionnaire qui serait la cible de harcèlement n’aurait qu’à convoquer l’employé en question et gérer la situation en soulignant le comportant et en lui faisant part des attentes qu’à l’employeur à cet égard, voire à lui remettre un avertissement écrit ou toute autre sanctions disciplinaires jugées raisonnables dans les circonstances.
En effet, en vertu de bon nombre de politiques relatives au milieu de travail respectueux, on attribue un rôle important au gestionnaire en matière de prévention et d’intervention à l’égard du harcèlement au travail. Par exemple, ils peuvent être appelé à « prendre les mesures appropriées pour protéger leurs employées et employés et les autres personnes en milieu de travail » .[1] S’ils sont appelés à agir ainsi à l’égard de leurs employés et de toute autre personne en milieu de travail, ils le sont également à leur égard.
Cependant, en principe, rien n’empêche un gestionnaire de déposer une plainte de harcèlement auprès de son employeur. Le rôle qu’on accorde au gestionnaire et aux superviseurs en matière du climat de travail représente une responsabilité partagée entre l’employeur et les membres de l’équipe de gestion et n’a pas pour effet de libérer l’employeur de ses obligations en matière de harcèlement au travail.
En effet, l’employeur a l’obligation de s’assurer que ses employés travaillent sans se faire harceler, ce qui inclus les gestionnaires. Bien qu’ils occupent des postes de gestion, ils demeurent des employés et l’employeur possède la même obligation en matière de harcèlement à leur égard qu’à l’égard des employés de première ligne.
De plus, il pourrait même être approprié pour un gestionnaire de déposer une plainte de harcèlement auprès de son employeur, puisque, étant la cible de comportement harcelant, il ne pourrait faire preuve d’objectivité et d’impartialité dans la gestion de ce cas. Les situations de harcèlement impliquent souvent des dynamiques humaines complexes et le gestionnaire pourrait manquer d’objectivité à l’égard de comportements potentiellement harcelant dirigés envers lui ou il pourrait éprouver des craintes réelles à l’égard de la situation, nécessitant l’assistance d’autres gens. Afin d’éviter d’être juge et jury, le dépôt d’une plainte de harcèlement auprès de son employeur pourrait être la meilleure solution dans de telles circonstances.
Enfin, il va sans dire que si la personne qui harcèle le gestionnaire détient un rôle hiérarchique qui lui est supérieur, il est tout à fait acceptable que le gestionnaire dépose une plainte de harcèlement auprès de son employeur.
Comme on peut le constater, bien que le gestionnaire ait l’autorité d’intervenir en matière de harcèlement au travail, y compris à son égard, il peut être tout à fait approprié pour ce dernier de déposer une plainte auprès de son employeur si le comportement harcelant provient d’un supérieur ou s’il veut s’assurer d’un dénouement objectif et impartial.
[1] Government of New Brunswick, Policy AD – 2913 Milieu de travail respectueux, section 5.3.
Communiquez avec nous à info@montanahr.com
© Groupe conseil Montana
Veuillez noter que l'information fournie dans le présent article de blogue est à titre informatif seulement et que chaque situation doit être évaluée au cas par cas.
